 CONFÉRENCE SUR "LA MUSIQUE D'IRAN : L'ENSEIGNEMENT ET LES MAÎTRES DU SANTOUR"Par Hassan Tabar
JEUDI 26 MARS DE 17h À 19h École de musique de Solaure 8 Rue Bossuet 42000 Saint-Étienne CONCERT DE MUSIQUE IRANIENNE donné par Hassan TABAR au santour et Bruno CAILLAT au zarb VENDREDI 27 MARS À 20h30 Théâtre Mimard 32 rue Étienne Mimard 42000 Saint-Étienne Entrée libre et gratuite - Tout public - Pot offert par la FAME en fin de concert. Quelques photos :
Plus d'informations :- Sur Hassan Tabar et le Santour ICI et LA
- Sur Bruno Caillat et le Zarb CEANS
La musique d’Iran : l'enseignement et les maîtres du santour
La fin du XIXe et le début du XXe siècle furent une période très riche en évènements politiques et sociaux pendant laquelle le pays s’est profondément transformé dans tous les domaines ; les arts, et la Musique en particulier ont subi des changements significatifs et ont été davantage mis en valeur que lors du début de la dynastie Qâjâr ; mais, en même temps, les arts et la Musique ont rencontré, pour la première fois, la culture de l’Occident. Jusque là, la société en Iran conservait ses structures anciennes et traditionnelles sans réellement s’occuper de ses lointains voisins ; l’apparition de l’Occident et de ses techniques nouvelles va changer les références de tous les iraniens, et surtout des intellectuels et des artistes, et en fait, ce sont même des nouvelles références qui vont s’imposer d’elles-mêmes à la société iranienne. Une telle évolution ne peut se faire à coup de lois ou de décrets ; elle va prendre du temps, toucher d’abord la haute société, puis s’imposer difficilement au reste du peuple. Simultanément, les méthodes d’enseignement de la musique vont complètement changer et la tradition orale ne sera plus le seul refuge des techniques et des œuvres musicales parallèlement, les maîtres traditionnels vont essayer de préserver leur art et se replier de plus en plus sur eux-mêmes pour préserver leur mode de vie. La révolution constitutionnelle mashrûteh) de 1906, la création de nombreux journaux et de multiples associations vont provoquer l’apparition de concerts musicaux, de plus en plus ouverts au public, phénomènes out à fait nouveaux en Iran. Petit à petit, les compagnies étrangères vont réussir à créer un marché du disque dans le pays ; les enregistrements, choisis et réalisés par ces compagnies, vont être diffusés dans tous les lieux publics du pays, et la musique de cour, avec ses nouvelles influences occidentales, va se faire connaître et apprécier par un plus grand nombre de personnes ; et c’est là le point essentiel de cette évolution : le fait que la musique va commencer à devenir ilicite – d’un point de vue laïque, elle n’est toujours pas licite aujourd’hui du point de vue religieux – et à se divulguer. La prise du pouvoir par Rezâ Shâh en 1925, qui annonce l’avènement d’un pouvoir laïque indépendant du pouvoir religieux et la modernisation du pays, constitue sans doute un tournant important dans l’évolution des arts et surtout de la musique. C’est à partir de cette date que les concerts deviennent plus nombreux, que Qamar ol-Molûk peut oser chanter tête nue en public, que Ali Naqi Vaziri peut créer une école de musique indépendante, mais aussi que les chansons de Badi’zâdeh sont sur toutes les langues. D’ailleurs, cette influence occidentale se fait bien sentir dans les enregistrements de cette quatrième période (1925 à 1940) où l’on compte un plus grand nombre de pièces rythmées, où les rythmes deviennent plus mesurés et marqués comme les modèles européens, où les instruments occidentaux sont de plus en plus utilisés, et où des orchestres harmonisés apparaissent. Il faut certes mettre en valeur le travail des compagnies étrangères en Iran qui a permis de découvrir et de faire connaître des nouveaux talents et des musiciens de grande classe ; ces compagnies ont aussi permis à certains musiciens de trouver un nouveau moyen de subsistance, indépendant des mécénats princiers. Pour ce qui est de la technique musicale, même les plus grands maîtres ont commencé à penser leur phrasé d’une autre manière ; ils ont été contraints de fixer leurs pièces pour qu’elles puissent être enregistrées sur une durée limitée, et ceci a sans doute influencé, progressivement, l’art de l’improvisation des plus grands. De plus, on constate que pour tous ces enregistrements, surtout pour les plus anciens, les pièces sont exécutées à grande vitesse, le tempo des pièces rythmées est souvent très rapide et le phrasé manque de respiration. De même, c’est le travail des compagnies étrangères qui a permis de faire revivre, au moins temporairement, un instrument aussi important que le santûr ; les enregistrements du génial Habib Somâ’i vont devenir plus tard la source de la renaissance de cet instrument. Dans le domaine des instruments traditionnels en Iran et pendant la première moitié du XXe siècle, c'est sans doute le santûr iranien qui s'est le plus transformé en relation avec le nombre très restreint de spécialistes et de maîtres de cet instrument. Il faut noter que l'apparition de cet instrument dans la musique savante pourrait être relativement tardive car il n'en existe aucune représentation antérieure à l'époque Qâjâr (1786-1925) ; il est donc bien difficile d'affirmer quoique ce soit sur l'origine et le pays d'origine de l'instrument. Avant 1940, les fabricants de santûr n'étaient pas des spécialistes mais plutôt des luthiers qui construisaient habituellement des târ-s et des setâr-s. Ce n'est qu'après 1940 que certains luthiers ont commencé à se spécialiser dans la fabrication du santûr. À partir d'une réflexion sur les premiers enregistrements (entre 1906 et 1928), je tente de déterminer s'il existe un répertoire propre au santûr classique iranien et de mettre en valeur les grandes personnalités, les écoles si elles existent, les divers courants contemporains dans l'art de jouer cet instrument. Finalement, nous arriverons peut-être à nous rendre compte où en est actuellement le santûr classique et quel est son avenir et son rôle dans la société iranienne. Cette étude concerne un type de musique que l'on peut qualifier d'« authentique » ou de « classique » ou encore de « musique d'art » et que les Iraniens eux-mêmes désignent par l'expression « musique traditionnelle » (musiqi-é sonnati). Aujourd'hui encore, on continue d'ailleurs à polémiquer pour savoir comment qualifier la musique iranienne basée sur le radif. Hassan TABAR
Programme du concert 1ère partie :
Présentation du Dastgâh-é Châhârgâh
Entracte 2ème partie :
Présentation du Dastgâh-é Shûr
Ce système très ancien et très original comporte beaucoup de changements de nuances et de rythmes. Chârârgâh est le seul Dstgâh dont aucun Gushé n’évoque le caractère expressif de Shur. Ce Dastgâh convient bien au style épique et dégage une impression de force. Il peur même être percutant, et présente deux aspects différents : dans un tempo animé, il a un caractère stimulant et met en valeur la virtuosité du musicien ; joué d’une façon plus mesurée et dans un esprit de recueillement, il peut émouvoir profondément. Dastgâh-é Shûr Très méditatif, très poétique et attachant, avec ses intervalles bien équilibré, Dastgâh-é Shûr est propice à l’expression de tendresse, d’amour et de pitié. Parfois, il incite à la tristesse, mais aussi à la consolation. « En l’écoutant, on peut comprendre la beauté des paysages de l’Iran et le caractère de ses habitants, l’esprit mystique iranien, sa sensibilité à la beauté des sentiments, des choses, se manifestent à travers Shûr et sont exaltés par ses accents » (Nelly Caron & Darioush Safvat, 1966, « Musique d’Iran », Paris, Buchet / Chastel). Le Radif Le Radif (terme qui signifie littéralement rangée, série) est un classement de mélodies avec un ordre fixé, dans un style bien particulier, c’est une sorte de protocole. Le radi désigne l’ensemble des douze Dastgâh-s et Âvâz, mais désigne aussi l’ordre dans lequel les gûsheh-s doivent être joués. Le Dastgâh Le Dastgâh est un système modal et un ensemble de gûsheh-s qui ont une relation modale entre eux et qui sont rangés selon la hauteur des degrés de la gamme utilisée ; un Dastgâh comporte toujours un gûsheh d’ouverture (darâmad) basé sur le premier degré, un gûsheh au plus haut degré (owj) et un gûsheh de conclusion (forud). L’Âvâz Le terme Âvâz possède trois significations en musique ; son premier sens désigne le chant en général ; il désigne aussi une séquence mélodique non mesurée ; âvâz désigne enfin un petit dastgâh qui est en fait dérivé d’un Dastgâh principal. Les Reng-s Les Reng-s sont généralement des pièces gaies et de courte durée qui s’exécutent comme conclusion dans le développement d’un Dastgâh. Le Reng était auparavant accompagné par une danse. C’est aussi une forme qui permet la création de compositions. Chahâr-mezrâb Le terme Chahâr-mezrâb (traduction littérale : quatre frappes) a pour origine une mélodie que les maîtres jouaient sur le Târ ; le musicien commençait cette mélodie par quattre frappes particulières ; les deux premières touchaient les cordes blanches (aiguës) de l’instrument, la troisième se faisait sur les cordes jaunes (graves) et la dernière utilisait ces quatre cordes ensemble. Le Chahâr-mezrâb débute toujours par un Pâye, thème de base de cette forme musicale. Le musicien choisit au départ un tempo, puis il ajoute au Pâye des phrases et constructions mélodiques toutes en relation avec ce même Pâye. Le Pishdarâmad (littéralement ‘ce qui vient avant le Darâmad’) est un prélude mesuré qui peut servir d’ouverture lors d’un concert. Les rythmes utilisés sont en général les 6/4, 4/4, ¾ et 2/4 avec un tempo lent, voire très lent. Cette forme n’est apparue qu’à partir de 1906 ; avant cette date, on jouait peut-être des morceaux en forme d’ouverture, mais ils étaient extrêmement courts. Le Zarbi Un Zarbi est une forme qui apporte de la variété et une détente au milieu d’un Âvâz. Certains Zarbi-s font partie intégrante du Radif, d’autres sont des compositions. Réf. : Hassan Tabar, 2006, Les transformations de la musique au début du XXème siècle (1898 – 1940). Les premiers enregistrements en Iran, Paris, Harmattan. Abol Hassan Sabâ (1902-1957), le dernier des grands maîtres classique, expert du Radif. Habib Soma’i (1901-1946), le dernier représentant traditionnel des grands maîtres de santour. Farâmarz Pâyvar (né en 1941), grand maître du santour, expert du Radif. Ali Akbar Shahnâzi (1897-1984), grand maître du Târ, expert du Radif. Rokneddine Mokhtari (1887-1971).
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